Le travail est-il un remède pire que le mal ? - Hercule Martin Manager

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Le travail est-il un remède pire que le mal ?

Les Echos viennent de publier (Les Echos, 20 mai 2009) une longue interview de François Dupuy, sociologue des organisations sur le thème "le sous-travail, un fléau". Quelques réflexions sur les notions de productivité et de motivation.

Résumons quelques-uns des thèmes évoqués : "Le sous-travail est un mal qui ronge administrations et grandes entreprises. Pauses, conversations entre collègues, congés-maladies sont considérés par certains comme un dû…. Résultat, certains salariés travaillent à peine le quart de la durée du travail" observe-t-il. "Une sous-productivité diffuse, rarement évoquée et difficile à dénoncer. Elle est moindre dans les PME et dans les entreprises organisées en matrice : du fait de la proximité entre les salariés, il y est difficilement acceptable que l’on travaille beaucoup moins que l’autre ». Faute de pouvoir reprendre la situation en main, certaines grandes entreprises développent des solutions alternatives pour assurer leur production : intérimaires, délocalisation, robotisation… Cela risque à terme de tuer le travail pour les générations futures".

Je me suis intéressé à la lecture des commentaires. Plus d'une soixantaine en quelques heures ! Ils couvrent un champ très large. Cela va de l'approbation totale à une désapprobation indignée sur tous les plans. J'en ai retenu plus particulièrement deux thèmes.

La notion de productivité tout d'abord. Comme souvent, nous faisons dire aux chiffres ce que nous voulons qu'ils disent. Par exemple, si les Français sont réputés parmi les plus productifs, cela se fait dans un laps de temps court (1500 h/an) et avec un fort taux de chômage. Donc le "petit" nombre de gens qui travaillent (en proportion de la population totale) travaille plus que dans les autres pays. Le sous-travail devrait être pire chez les autres. Or l'auteur nous dit le contraire. Peut-être qu'en diminuant encore le taux de gens qui travaillent, il y aura moins de sous-travail…

Autre exemple, sur ce même terrain : il faut distinguer la productivité brute (la production pour la production, le travail à la chaîne) de la production de Valeur Ajoutée. Si je réfléchis à une nouvelle idée, cela me sera compté par l'auteur de l'article comme une rêvasserie, mais peut-être qu'à la sortie ce que je produirai aura plus de valeur ajoutée et se vendra plus cher. Faut-il encore réfléchir ?

Bref, il devient difficile d'utiliser des outils de mesure de production de masse héritée du siècle industriel dans un monde de services et de valeur ajoutée. Comment apprécier alors la productivité de ses collaborateurs et de ses collègues ? En fait, c'est le regard d'autrui qui est souvent le meilleur étalon. F. Dupuy fait observer que les petites équipes sont moins affectées que les autres parce que chacun s'épaule et se surveille. Cette pression du groupe doit être aussi en rapport avec l'extérieur : des exemples venus d'autres univers ou d'autres équipes permettent de relativiser les choses (même si toutes les conditions ne sont pas égales) Redonner du sens à l'équipe, voilà un lien social à activer.

Le deuxième thème est celui de la motivation en elle-même. Qu'est-ce qui motive les gens dans les grandes entreprises (ou grandes administrations). Peu de choses en vérité : vous n'avez pas nécessairement plus d'avantages si vous travaillez plus, la reconnaissance (même psychologique) est peu développée et le mode de management (surtout en temps de crise) est encore souvent bureaucratique et déresponsabilisante.

François Dupuy préconise une nuit du 4 août avec l'abolition de la fonction publique. Rappelons-nous que cette nuit du 4 août a remplacé la "tyrannie" des corporations par celle des patrons d'entreprise. Posons-nous plutôt la question de la motivation de proximité (par le manager direct, l'équipe…). Comme le disait Maslow (psychologue U.S. qui a bâti dans les années 40 une théorie de la motivation), "le travail est une source de satisfaction, pas de motivation". Les vraies questions pour moi, sur ce terrain, sont : quelles sources de plaisir je trouve au travail ? Qu'est-ce que j'en attends ? Quels exemples je veux donner à mes enfants ?

Malheureusement, nombre d'images diffusées par les médias, les syndicats et certains partis politiques et patrons sont trop négatives pour inciter pour inciter à faire mieux (pas forcément plus) à tous les niveaux. Pourtant la marge de manœuvre existe : nos interventions auprès d'équipes en entreprise montrent que la graine de la motivation peut germer si l'on s'en occupe.

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